Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/45

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— Je ne sais quel serpent caché au fond de mon cœur me dit que je ne le suis pas.

— Comment ! dit Tika surprise, n’a-t-Il pas, par mille folies, dévoilé sa passion profonde n’est-Il pas encore venu ces jours derniers, au risque de sa vie, car la colère de la Kisaki pouvait lui être funeste, pour t’apercevoir un instant ?

— Oui, et il s’est enfui sans avoir échangé un mot avec moi, Tika ! ajouta Fatkoura, en saisissant nerveusement les poignets de la jeune fille. Il ne m’a même pas regardée.

— C’est impossible ! dit Tika, ne t’a-t-il pas dit qu’il t’aimait ?

— Il me l’a dit, et je l’ai cru, tant je désirais le croire ; mais, maintenant, je ne le crois plus.

— Pourquoi ?

— Parce que s’il m’aimait, il m’eût épousée depuis longtemps, et emmenée dans ses États.

— Mais l’affection qu’il porte à son maître le retient à la cour d’Osaka !

— C’est ce qu’il dit mais est-ce ainsi que parle l’amour ? Que ne sacrifirai-je pas pour lui ! … hélas ! J’ai soif de sa présence ! son visage si hautain, si doux pourtant, il passe devant mes yeux ; je voudrais le fixer, mais il s’échappe. Ah ! quelques mois heureux passés près de lui, je me tuerais ensuite, m’endormant dans mon amour, et le bonheur passé me serait un doux linceul.

Fatkoura éclata en sanglots et jeta son visage dans ses mains. Tika s’efforça de la consoler elle l’entoura de ses bras et lui dit mille douces paroles, mais ne put réussir à l’apaiser.

Tout à coup, un bruit se fit entendre au fond de l’appartement. Le petit chien se mit à japper dans un ton suraigu.