Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/101

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

reusement : « Au loup ! au loup ! » en envoyant des coups de poing de mon bras libre.

Je me souviens que Rodolpho était là, parce que ce fut lui qui me porta, pour rentrer.

Il faisait tout à fait nuit, quand on se mit en route, à petits pas. Sans doute on nous reconduisait, un bout de chemin, ou peut-être jusqu’à la maison, car il me semble que nous étions un groupe nombreux.

— Mon Dieu ! mon Dieu !… redisait à chaque instant tante Zoé, en se grattant le coin du sourcil, que va dire papa ?…

Rodolpho me tenait couchée sur ses bras et me parlait gentiment pour me consoler ; mais je ne me plaignais pas. J’endurais patiemment la douleur lancinante et ce poids effrayant de mon bras, qui me semblait changé en pierre. J’avais un peu honte d’être portée ; mais je sentais bien que c’était trop lourd, que je ne pourrais pas marcher.

En débouchant, hors des fortifications, sur la route de Châtillon, le grand morceau de ciel qui se découvrit, apparut si merveilleusement criblé d’étoiles, que l’on s’arrêta pour l’admirer. La tête renversée sur le bras qui me soutenait, j’étais on ne peut mieux placée pour voir le ciel, et je crois que ce fut, ce soir-là, pour la première fois que je regardais les étoiles.