Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/166

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ble, et je guettais toutes les occasions qui me permettaient de fureter par là. Mais c’était si bref et si furtif, que je ne pouvais rien découvrir de nouveau.

Un jour, pendant la récréation, je parvins à gagner sans être vue, l’escalier des tribunes. J’avais remarqué qu’il montait plus haut, et depuis longtemps je voulais savoir où il aboutissait. J’arrivai à un vaste grenier, très éclairé par une sorte de coupole encore plus haute d’où le soleil tombait d’aplomb. Juste au-dessous était découpé dans le plancher un grand trou rond, qui m’attira tout de suite. En me penchant un peu, je vis qu’il donnait sur le chœur, qui en recevait la lumière. Les religieuses étaient là, assises dans leurs stalles, les mains dans leurs manches, immobiles et muettes, ayant l’air de dormir. Vues de là-haut elles me paraissaient rapetissées, comme aplaties, et très ridicules. J’eus une envie irrésistible de troubler leur méditation par quelque bon tour. Le grenier était à peu près vide, mais du linge sale était amassé par tas, çà et là : j’en amenai un jusqu’au bord du trou et je le lançai d’un coup de pied… J’entendis un « flac » puis des cris étouffés… En me sauvant je rencontrai une grosse corde, pendant des poutres, et je tirai dessus. Les vibrations, puissantes et profondes, d’une cloche toute voisine que ce