Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/174

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

rien de très particulier dans l’aspect, mais son caractère était singulier ; sa manière de parler, ses gestes, tout me rappelait à chaque instant son origine et ce qu’elle contenait d’inconnu.

Je me mis à l’aimer beaucoup, et mon chagrin s’en alla. Tout fut changé autour de moi. Je commençais à examiner les êtres qui peuplaient le couvent ; jusque-là ils n’avaient été pour moi qu’une foule vague, et, poussée par mon caractère insoumis et mon instinct de domination, au lieu de ruminer mon ennui, j’entrepris la conquête du couvent !

Dans la classe, je ne quittais plus la première place, à droite de la religieuse ; Catherine, plus âgée que la moins jeune de la division, était en retard, quoique sachant parler le français ; elle mérita cependant par son application, la seconde place, et, ainsi, elle était en face de moi, tout près, devant l’autre versant des pupitres noirs.

J’avais établi, entre elle et moi, toute une télégraphie de clins d’yeux et de grimaces, que j’employais quand il était défendu de parler, et qui la remplissait de terreur. Elle craignait, surtout pour moi, les punitions, mais j’avais toujours une provision de bons points, que je m’efforçais de gagner, uniquement pour avoir de quoi me libérer et pouvoir tout me permet-