Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/177

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coup elle se renversait sur sa chaise, en éclatant de rire :

— On n’a pas idée d’un pareil démon, disait-elle, qui est-ce qui lui souffle tout cela ?

Presque toujours elle ajoutait :

— Allons, je pardonne, reprenez vos livres.

J’allais alors la remercier, et elle m’embrassait, en recommençant à rire…

Cette verve bizarre ne se bornait pas aux paroles, j’écrivais aussi. Ma grand’mère m’avait fait cadeau d’une papeterie, où étaient rangés, avec leurs enveloppes, des cahiers de papier à lettres, rose, vert pistache, bleu tendre, lilas, tout à fait jolis. Elle me les avait donnés pour m’inciter à écrire à ma famille, mais je n’avais rien à lui dire.

C’était à la mère Sainte-Madeleine que j’adressais, de préférence, mes épîtres.

Depuis que l’amitié de Catherine me faisait prendre le couvent en patience, je cherchais à m’expliquer dans quel but les religieuses y étaient ainsi enfermées. J’avais cru d’abord qu’elles subissaient une pénitence, pour le rachat de quelque faute très grave, et j’eus beaucoup de peine à comprendre, et même je ne compris pas du tout, comment elles y étaient de leur plein gré, pour toute leur vie, et heureuses d’y être. Cela je ne pouvais pas le croire ; en tous cas, elles étaient abusées par quelque folie, et