Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/178

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j’avais entrepris de convaincre la mère Sainte-Madeleine qu’elle se trompait : je voulais la guérir de son erreur…

C’est dans ce but que je lui adressais de si belles lettres, sur mon papier à couleurs tendres. Je regrette d’avoir oublié les arguments que j’employais et la façon dont je les énonçais, cela devait être d’une extravagance et d’une drôlerie extrêmes, car la mère Sainte-Madeleine, si réservée et si sérieuse, s’amusait infiniment de ces lettres, qui cependant ne la convertissaient pas à mes idées.

Je me souviens seulement du sens de quelques-uns de ces gribouillages, qui prenaient la forme de déclarations d’amour, car, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, c’était au nom de l’amour (comment pouvais-je savoir quelque chose de lui ?) que je l’adjurais de renoncer à une réclusion aussi cruelle.

Je lui adressais donc des déclarations ; prenant le rôle d’un jeune homme, un prince naturellement, qui lui proposait de l’enlever et de l’emmener dans son château, où elle s’amuserait à toutes sortes de choses, et ne serait plus jamais religieuse.

Mon papier s’épuisa à cette correspondance, sans convaincre celle à qui elle s’adressait, mais sans la lasser ni lui déplaire.

Mais, quelque chose me désolait, moi, outre