Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/251

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aussi, tant c’était amusant. Il ne cherchait pas du tout à prendre l’attitude d’un père solennel, qui veut en imposer à ses enfants et les tenir à distance respectueuse. Sa plus grande crainte, au contraire, était de voir ces jeunes esprits se fermer devant lui, dans une méfiance peureuse ; il voulait les pénétrer et les connaître à fond, devenir, autant que possible, le camarade de ses enfants. Mais pour cela, fallait-il encore qu’ils ne fussent pas trop petits, et, je crois qu’il n’a commencé à s’intéresser vraiment à nous, que quand nous existions déjà un peu par le cerveau.

L’appartement était vaste et commode ; cependant, il avait fallu se serrer un peu pour me faire place. Mon père renonça à son cabinet de travail dans lequel nous fûmes installées, ma sœur et moi. C’était une pièce étroite et longue, donnant sur la cour, à côté de la salle à manger.

Le salon avait trois portes-fenêtres, ouvrant sur la terrasse ; la chambre de ma mère était à gauche, celle de mon père à droite ; mais, quand j’arrivai à la maison, le salon était encombré par de grandes planches posées sur des tréteaux, qui barraient deux des fenêtres et sur lesquelles s’entassaient d’énormes volumes illustrés, dont mon père avait besoin pour ses études égyptiennes.