Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/102

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tiformes se groupent, s’étagent, s’escaladent l’un l’autre dans un désordre plein d’éblouissements. Le pavillon du Repos de la Terre, où séjourne la douce impératrice, tartare aux grands pieds, s’adosse à une colline artificielle, la gravit de ses toits échelonnés, puis fantasque, s’incline vers l’un des deux lacs miroitants que franchit, de chaque côté du palais, un pont svelte nettement reflété dans l’eau. Çà et là des balustrades de terrasses et des rebords de galeries s’interrompent pour laisser descendre les marches lisses d’un escalier de marbre. Devant des portails légers s’accroupissent des lions de jaspe aux crinières de métal fin, des tigres aux larges faces de bois doré. Des grues démesurées et des cigognes aux vastes ailes éployées dominent des pilastres bizarrement contournés. Dans de grandes caisses de jade vert s’épanouissent, par touffes splendides, des pivoines, des camélias, des cactus, et, parmi les fleurs, des parfums précieux brûlent sans trêve sur de larges trépieds de bronze. Partout les couleurs éclatent, radieuses : sur les plates-formes, sur les murailles, sur les colonnes, sur la jonque lente qui passe sous l’un des ponts. Chaque kiosque est un écrin. L’or, le jade, l’ivoire, les émaux, marient leurs clartés confuses, et sur toutes ces pompes, d’où s’élève un concert intense et continu de fraîcheurs, de scintillements et de rayons, triomphe, prodigieusement formidable, le Dragon Long. Au faîte du palais impérial, sur un globe d’or éclatant comme le soleil, il pose ses griffes, qui retiennent les cordes de soie de mille banderoles sans cesse