Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/108

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— Non, dit Ko-Li-Tsin ; le message est verbal.

— Ah ! tu lui as parlé ? Elle est donc seule ? dit le soldat forcé de s’éloigner.

— Bon ! pensa Ko-Li-Tsin, je sais déjà qu’il s’agit d’une femme et qu’elle a des parents qui la surveillent. Ce Tartare est amoureux, tant mieux ! il sera facile de le tromper.


L’amour fait bourdonner le sang si fort qu’on entend un mot pour un autre ;

Il trouble la vue au point qu’on prendrait une poule pour l’oiseau phénix.


Le soldat avait marché plus vite.

— Elle est seule ? reprit-il.

— Oui ; sa mère est partie en chaise pour la pagode de Koan-In.

— Comment ! sa mère ? dit l’homme en riant.

— Sa maîtresse, veux-je dire, reprit vivement Ko-Li-Tsin. Âne que je suis, pensa-t-il, je ne songe pas que ce Tartare est un homme vil ; celle qu’il aime ne peut être qu’une servante.

Le soldat n’allait plus que jusqu’au milieu du pont.

— Que t’a-t-elle dit ?

— Elle t’attend.

— Elle m’attend ! Mais, si je quitte la Porte du Sud, je perds la vie.

— Si tu restes, tu perds l’amour.

— Il vaut mieux perdre l’amour que la vie, dit le soldat en s’en allant.