Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/126

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— Ah ! ah ! dit Ko-Li-Tsin, tu dédaignes la poésie ; cela augmente le mépris que j’avais pour toi. Ton maître Kang-Shi, lui-même, a quelque estime pour les poètes.

Quand les tortionnaires revinrent, chacun d’eux tenait à la main un martinet dont les longues lamelles d’acier flexible avaient été rougies au feu. On fit se lever Ko-Li-Tsin. Un homme s’approcha pour compter les coups. L’un des affreux instruments s’éleva, jetant des étincelles, puis retomba sur les reins du poète. Les lames brûlantes s’enfoncèrent si avant dans la chair que le bourreau dut faire un effort pour les retirer, et arracha avec elles des lambeaux informes, grésillants. Ko-Li-Tsin était à bout de forces. Le second martinet se leva, puis retomba dans l’horrible blessure. Cette fois le poète crut qu’il allait mourir, et il poussa un long cri.

— Grand empereur, venge-moi ! hurla-t-il, en s’affaissant, évanoui.

Le juge leva le bras, les bourreaux se tinrent immobiles.

— Celui-ci est invincible, dit-il. Remettez-lui ses vêtements, poussez-le dans un coin, et introduisez l’eunuque Koang-Tchou.

On remit ses vêtements à Ko-Li-Tsin insensible, puis on le poussa dans un coin obscur.

Tous les regards se tournèrent vers la porte où apparut le grand dignitaire. Il avait une corde au cou ; un soldat le tirait violemment. Sa large face était d’une lividité terreuse ; ses yeux obliques et