Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/131

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— Non, dit le mandarin.

— N’importe ! dit l’autre. Et à l’improviste il lança circulairement une corde assez longue qui fit trois fois le tour de Koang-Tchou ; il avait retenu une extrémité de la corde, il saisit l’autre au passage, tira et noua : le mandarin était bien garrotté.

— Monte à cette échelle et assieds-toi sur la petite table, en attendant.

— Je ne puis monter, ayant les bras liés.

— C’est juste.

D’une seule main il empoigna Koang-Tchou, monta vingt degrés de l’échelle et le posa sur la planchette. Cela fait, il ferma un œil, visa de l’autre le milieu du plafond, lança un fort lacet de soie qui passa dans l’anneau et retomba, en joignit les deux bouts, fit un nœud coulant, le mit au cou du patient, descendit de l’échelle, la retira vivement, et dit : Tu es pendu !

Puis il s’assit à terre, leva les yeux et reprit :

— Tu sais que ton complice s’est envolé ? Oui, oui. Pour ma part, je crois que c’est une rou-li malicieuse. La corde te gène ? tu t’y habitueras. Si tu avais fais comme lui, tu ne serais pas ballotté entre le plancher et le plafond. Mais ton ventre majestueux ne pouvait pas te servir d’ailes. À propos de ton ventre, réjouis-toi, car il enflera singulièrement tout à l’heure. Ne te remues pas tant ; tu forces le lacet à pénétrer plus avant dans ta peau. Tu vois que je suis aimable ; si l’on apprenait que je t’ai donné un conseil je perdrais ma place. Tiens, tu es déjà bien rouge ! D’ordinaire,