Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/144

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— Puissent-ils bientôt revenir sous les longs plis glorieux de l’étendard des Mings ! dit Ko-Li-Tsin.

Cependant les trompes qui s’étaient tues un instant, éclatèrent soudain à peu de distance. On entendait aussi un bruit de pas réguliers et nombreux.

— Allons ! dit le poète à Yu-Tchin, qui le suivait toujours, inquiète et étonnée, allons, bonne créature, aide-moi à marcher, afin que je puisse donner des ordres et préparer la défense.

— Mais, dit Yu-Tchin, tu n’es donc pas un marchand de sabres ?

— Non.

— Ah ! dit Yu-Tchin. Qu’es-tu donc ?

— Poète et conspirateur, dit Ko-Li-Tsin en riant.

— Ah ! dit Yu-Tchin.

Puis, elle ajouta :

— Veux-tu me permettre de panser tes plaies ?

— Non, les nouvelles blessures guériront les anciennes.

Yu-Tchin se mit à pleurer.

— C’était bien la peine de te sauver de la mort, dit-elle, si tu veux encore t’exposer à mourir !

— Sois tranquille, Ko-Li-Tsin a la vie dure.

— S’il ne meurt pas, reprit Yu-Tchin, il sera tellement mutilé qu’il emploiera des siècles à se guérir et ne m’épousera jamais !

— Mort ou vif, Ko-Li-Tsin tiendra sa promesse.

Yu-Tchin essuya ses larmes. Ils étaient revenus sur la terrasse.

— Frappe ce gong de toute ta force, dit le poète.