Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/155

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pure, des saules fins y tremper leurs chevelures, et des nénuphars entr’ouvrir leurs coupes blanches à sa surface. Plus loin elle vit un pont léger qui se courbait ; et, auprès des rives, des cormorans dormaient, un pied dans l’eau.

— Il me faudra donc revenir en arrière et traverser de nouveau ces salles effrayantes, dit Yo-Men-Li avec désespoir.

Elle tourna la tête et vit les yeux farouches qui brillaient comme des étoiles rouges.

— Oh ! non ; j’aime mieux mourir tout de suite.

Laissant retomber la draperie, elle descendit la pente de la berge et avança sa tête, qui se refléta dans l’eau.

— Ta-Kiang ! soupira-t-elle.

Et, prise de vertige, elle s’élança, faisant fléchir les roseaux et tomber de clairs diamants qui roulèrent sur le lac. Mais son pied rencontra une surface solide. Le lac n’était qu’un vaste miroir, fait d’acier lumineux.

— Quoi ! dit Yo-Men-Li, l’eau elle-même me repousse et la mort ne veut pas de moi !

Tout affolée par le miracle, elle courait en sanglotant parmi les roseaux et les bambous de satin.

— Il faut pourtant que je sorte du palais ! s’écria-t-elle en s’arrêtant subitement ; il s’agit bien de mourir inutile et criminelle ! il faut sauver Ta-Kiang : ma vie n’est pas à moi.

Elle se dirigea, haletante, vers le petit pont d’albâtre découpé et monta quelques marches où se