Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/170

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la lune, la dernière étoile s’éteindre, et avant que l’aurore fût levée, il se leva.

Il courut au jardin, une petite jonque de laque au bras. Il voulait choisir pour sa bien-aimée les fleurs nouvellement écloses. Il prit des touffes de roses pourpres et les roses pâles qui ont l’arôme du thé ; il cueillit le koei-hoa, cette fleur d’amour dont le parfum trouble le cœur, la fleur de lune, le lys d’or et la pervenche humide ; il se penchait sur les lacs pour saisir les nélumbos et les nénuphars jaunes, il se haussait sur la pointe des pieds pour atteindre les camélias grimpants et les claires hydrangées qui faisaient pleuvoir sur lui leur rosée odorante.

Il disposa son bouquet dans la jonque et se dirigea vers les longues galeries où sont entassées les richesses des empereurs. Il parcourut lentement les salles, remuant du bout de ses grands ongles les diamants et les saphirs au fond des coupes d’or.

— Quelle est la pierre assez belle pour Yo-Men-Li ? Quelle est la gemme digne de son regard ? Où sont les perles qui valent son sourire ?

Il ôta sa calotte de satin et l’emplit jusqu’aux bords des pierres les plus rares.

— Lorsqu’elle sera assise près de moi je les verserai sur sa robe, et elle se divertira un instant de les voir, entre ses genoux, briller comme des fleurs de feu ; puis, se levant et secouant sa robe, elle rira peut-être du bruit joyeux qu’elles feront en roulant sur le sol.

Il continua à fureter, ouvrant les coffrets, renversant les tasses d’or mat.