Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/171

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— Je lui poserai moi-même cette aigrette de rubis sur le front ; je pourrai ainsi toucher un instant ses cheveux lisses. Et ce bracelet d’escarboucles ? peut-être aimera-t-elle son éclat de soleil et me donnera-t-elle, en échange du bijou, son bras de jade à baiser.

Il prit encore des colliers d’émeraudes, des agrafes de corail, des bagues de topaze, puis remonta vers le Palais, écoutant, le cœur gonflé de joie, la huitième heure du matin qui tintait sur le gong du Portail Serein.

En rentrant dans sa chambre, le prince s’arrêta devant un large miroir d’acier poli, semblable à la lune sur les roseaux ; il se vit, les joues empourprées par la fraîcheur du matin, les mains ensanglantées par les épines, les vêtements ruisselants de rosée, les bras enlacés de colliers flamboyants, les cheveux étoiles de fleurs et de lueurs, et les yeux pleins d’amour.

— Ah ! s’écria-t-il en souriant, m’aimerait-elle si elle me voyait ainsi, outragé par les ronces et chargé comme un paysan qui se rend au marché ?

Il versa tous les bijoux dans une grande corbeille de porcelaine et plaça sur la table de laque la jonque pleine de fleurs.

— Allons, reprit-il en frappant sur un petit gong d’argent, qu’on apporte les parfums les plus purs, les plus superbes costumes, et qu’on m’habille ! Si ma bien-aimée me surprenait ainsi, elle me prendrait pour un homme vil.

Des serviteurs entrèrent. Les uns portaient de