Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/174

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point de se contenir plus longtemps. Oubliant toute étiquette, il se précipita hors de la chambre, descendit l’escalier des terrasses et alla rejoindre l’eunuque.

Celui-ci était seul.

Le prince, mortellement triste, n’osa point lui parler ; il tourna des yeux pleins de larmes vers l’Avenue de l’Est, demeura immobile et attendit.

La douzième heure tinta ; le prince frémit.

— Elle ne viendra pas ! dit-il avec désespoir.

L’eunuque secoua la tête.

— Viens ! gémit le prince. Conduis-moi où tu l’as laissée ; puisqu’elle ne veut pas venir, allons la chercher.

Le jeune homme se mit à marcher rapidement ; il traversa la Ville Jaune et entra dans la Ville Tartare, accompagné longtemps par le regard des passants étonnés de voir l’Héritier du Ciel courir les rues sans cortège et suivi d’un seul eunuque. Il arriva à l’extrémité de l’Avenue de l’Est.

— C’est ici que tu l’as laissée ? dit-il.

L’eunuque écrivit :

— Oui.

Le prince regarda autour de lui ; puis il alla frapper à une maison ; mais lorsque le portier vint ouvrir il ne sut que demander. Il tourna la tête vers l’eunuque ; celui-ci traça en l’air des caractères avec son éventail.

— Demande, voulait-il dire, si l’homme qui habite la maison a une fille.

Le prince répéta la question au portier.