Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/176

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— Ensuite, je suis allé me coucher.

— Merci, honorable seigneur, dit le prince ; et il se dirigea vers la pagode.

La porte rompue encombrait l’entrée. Il fut obligé d’enjamber des débris. Les longues allées de marbre étaient désertes. Sur les degrés des terrasses grimaçaient des têtes de cadavres ; et la pagode à demi écroulée brûlait lentement. Le prince, épouvanté, se mit à courir autour du monument ; il se penchait sur les morts en frémissant et appelait tristement Yo-Men-Li.

— Où est-elle ? où est-elle ? criait-il avec égarement ; et, fou de douleur, il arrachait les broderies de sa robe et étouffait ses sanglots en mordant ses mains mouillées de larmes.

L’eunuque se jeta à ses pieds, le suppliant par ses gestes d’apaiser cette douleur, de reprendre espoir et de revenir au Palais pour ne pas se montrer aux passants, lui, le fils du Maître, ainsi oublieux de l’étiquette ; mais le prince ne voulut pas comprendre. Ce ne fut qu’avec la nuit qu’il rentra dans son palais splendide, le cœur et le foie brisés, plus misérable que le mendiant affamé qui grelotte sous la pluie.