Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/244

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So-Gol, comme si j’avais prévu que j’allais aimer sa fille ; et il ne sera rien fait à ta vieille mère, je te le jure.

— Mon père est mort ! s’écrie la jeune fille en sanglotant. Ô chef des cruels guerriers ! tu auras une épouse éternellement désolée.

— Je tâcherai de te consoler, dit Gou-So-Gol, par ma gloire et par ma douceur ; mais maintenant indique-moi où sont les richesses de la ville, car l’Empereur Unique m’a dit : « Prends cinquante chariots pleins d’or et mille mesures de perles. »

— Je vais te conduire, dit la jeune fille ; le trésor de la ville est dans ce palais.

Pendant ce temps, au dehors, le carnage a continué. Les vainqueurs ruissellent de sang et de sueur, ils halètent, car les maisons à piller sont nombreuses, et les victimes à égorger se succèdent sans fin. Partout les demeures éventrées craquent et fument. Sur les toits les dragons de bronze se tordent douloureusement. Aux fenêtres, des hommes dont la tête a roulé au loin se penchent vers la rue et laissent jaillir de leurs cous mutilés des fontaines écarlates.

Gou-So-Gol sort du palais, il lève les bras et s’écrie :

— Que le massacre et le pillage cessent ! Qu’on réunisse sur cette place tout le butin conquis et qu’on amène de solides chariots et tous les Tartares vivants encore.

Le gong tinte, l’ordre circule, les rebelles, traînant de lourds et précieux fardeaux, tirant des