Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/245

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chars, poussant devant eux des Tartares humiliés, se rassemblent de toutes parts devant le palais. On surcharge les chars, on y attelle les vaincus pleins d’horreur ; on les frappe, ils s’élancent. Bientôt, à travers les rues obscurcies par le soir et par la fumée, au milieu des guerriers emportant chacun une femme en pleurs qui se cache le visage, une longue file de chariots roule péniblement, écrasant des cadavres. Les Tartares, courbés sous les fouets, criblés de blessures, tombant à chaque pas sur les genoux, le cœur plein de honte et de désespoir, rugissent de conduire leurs propres richesses au camp de l’ennemi. Dans le premier chariot, Gou-So-Gol triomphe, entre deux femmes vêtues de blancs habits de deuil, qui pleurent et regardent en arrière. Dans le second s’entassent, désolées et tremblantes, les plus belles jeunes filles de la ville. D’autres véhicules sont chargés de lingots d’or et d’argent, de pierreries lumineuses, de vases précieux, d’étoffes superbes, qui étincellent dans le crépuscule. Enfin le cortège, sorti de la ville, entre dans la plaine, aux retentissements du gong, aux voix formidables de soldats qui hurlent à tue-tête : « En haut les Mings ! en bas les Tsings ! » Lorsqu’il arrive devant la tente impériale, Gou-So-Gol fait halte et pousse le cri de victoire ; les draperies somptueuses se soulèvent ; et l’empereur apparaît sur son trône de marbre noir, le menton dans la main.

Le chef des guerriers se prosterne et frappe la terre de son front.