Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/248

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Hoa, le nouveau Chef des Eunuques pénétra, comme d’habitude, dans la Chambre Sereine de l’empereur Kang-Shi. Ayant dans sa main droite une horloge à eau, il s’approcha du lit impérial et réveilla le maître.

— C’est aujourd’hui le premier jour de la lune dit le Fils du Ciel, en s’appuyant sur un coude. Le soleil lance quelques rayons à travers les coquillages des fenêtres ; le ciel sans doute est pur, l’air frais, la route sèche ; il serait doux de courir aux bords des lacs sur un jeune cheval de Tartarie !

— Il faut contenter ses désirs, dit l’eunuque, lorsqu’ils ne font tort à personne.

— Oui, dit Kang-Shi ; mais l’empereur, qui est le père et la mère d’un grand enfant plein de caprices et de colères injustes, ne s’éloigne jamais sans avoir le cœur troublé par de vives inquiétudes.

— Le grand enfant dort à cette heure, dit l’eunuque, en présentant à l’empereur une infusion des premières pousses de thé à l’arôme exquis et printanier.

Le Fils du Ciel reçut la tasse et soupira.

— Comment se trouve à présent mon quatrième fils, le prince Ling, dont le cœur est déchiré par un chagrin inconnu ? dit-il douloureusement.

L’eunuque, après avoir hésité un instant, répondit :

— Que ton noble esprit soit en repos ; le glorieux prince, depuis hier, a recouvré toute sa joie ; il chante sans cesse et rit de tout son cœur.

— Mon thé me semble plus parfumé que les lèvres