Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/249

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de l’impératrice ! s’écria Kang-Shi tout joyeux. Je redoutais secrètement que mon fils, malgré la surveillance dont il est l’objet, ne fit abus de l’exécrable opium pour endormir son chagrin cuisant. Mais puisqu’il rit et puisqu’il chante, mon cœur reprend sa sérénité.

L’empereur, qui, en parlant ainsi, s’était levé et revêtu de somptueuses robes, entra avec majesté dans une chambre où l’attendaient déjà, prosternés, les mandarins de service. Il reçut les mémoires des autorités supérieures de Pei-King et les rapports envoyés par les gouverneurs de provinces ; il les lut tous avec attention, faisant de temps en temps au papier une marque du bout d’un de ses longs ongles.

— Tous ces rapports sont rassurants, dit-il aux mandarins qui l’entouraient ; ils annoncent que l’Empire pacifique est florissant. Mais on avait parlé d’insurrection et de soulèvements en de lointaines provinces ?

— Il est vrai, Maître du monde, mais ces insurrections insignifiantes ont été promptement étouffées.

— Et la secte du Lys Bleu ? je la croyais assez dangereuse.

— Dangereuse, Souverain Unique ? dangereuse comme une fourmi qui veut escalader le ciel. D’ailleurs, depuis l’incendie de la Pagode de Koan-In, c’est-à-dire depuis plus de dix lunes, elle n’existe plus.

— Et ce fou, ce rebelle qui avait eu l’audace de se faire proclamer empereur ?