Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/261

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cageant, pillant, et son chef, orgueilleux de ses succès, comme s’il eût ignoré que la victoire n’est que la lueur d’un incendie, se disait empereur et obscurcissait ta gloire.

— Mais où est-il ? Que fait-il à présent, cet homme ? il est temps encore de l’écraser.

— Son armée compte deux cent mille hommes ; elle marche vers Pei-King.

— Pei-King est inexpugnable ! s’écria Kang-Shi. La plus grande tranquillité y règne, et ses habitants me sont dévoués et m’honorent.

— Ce matin, lorsque tu es sorti en grande pompe, dit le Sage, tous les habitants sont rentrés dans leurs maisons, selon le rite, afin de ne pas s’aveugler à ta splendeur, et tu as traversé des rues désertes. C’est pourquoi tu dis : « La ville est tranquille ! » Mais si tu y retournais à présent, seul et dépouillé de ton appareil superbe, tu entendrais gronder l’émeute, tu verrais bouillonner la foule, et tu ne dirais plus : « Ces hommes me sont dévoués et m’honorent. »

— Mais toi qui sais tout, demanda Kang-Shi consterné, ne peux-tu me dire ce que me réserve l’avenir ?

— Je ne le puis, dit le Solitaire ; l’avenir est obscur devant mes yeux. Les Pou-Sahs enveloppent le rebelle de leur dangereuse protection.

— Allons ! dit Kang-Shi, cette cruelle nouvelle a un instant troublé mon cœur ; mais je reprends courage et confiance. Tant que je vivrai l’Empire sera à moi ; s’il doit m’être ravi on me tuera sur mon trône, au milieu de ma gloire