Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/262

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— Va donc, mon fils, dit le philosophe ; mais revêts un humble costume pour rentrer dans ta capitale, car déjà, dans ton apparat impérial, tu ne pourrais peut-être plus passer.

— Peux-tu me prêter une robe ? dit-il.

— Oui, j’ai une très vieille robe qui te rendra méconnaissable.

— Plus vieille que la tienne ? demanda Kang-Shi, inquiet.

— Oui, encore plus vieille, répondit sévèrement le Solitaire.

— Tu me feras honneur en me la donnant, dit l’empereur repentant.

Kang-Shi, sur ses habits somptueux et souillés de sang, jeta une loque informe, grise, fétide, que lui tendait le philosophe.

— Prends aussi ce bâton pour t’aider à marcher, dit le Sage en lui présentant une branche de cèdre, car le chemin est long.

— Merci et adieu, grand Solitaire ! Dans la victoire comme dans la défaite je ne t’oublierai jamais.

— Marche vite, mon fils, et que la divine Raison te conduise et t’éclaire.

L’empereur s’éloigna, et après quelques pas tourna la tête pour saluer encore ; il vit le Solitaire debout, à l’entrée de la grotte, une main sur la tête de son daim blanc. Tous deux, avec douceur, le regardaient partir.