Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/277

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Monde ! s’écrièrent les mandarins en se frappant le front contre les dalles, comment racheter nos fautes horribles ? Nous ne sommes plus dignes de voir ta face sublime ; mais permets-nous de te défendre de tout notre courage et de verser pour toi jusqu’à la dernière goutte de notre sang coupable.

— Ce sera, dit l’empereur, une grande joie encore de mourir glorieusement au milieu de vous. Mais puisqu’il nous reste quelques heures, tenons conseil, et que les mandarins guerriers donnent leur avis sur les moyens de défense. Combien avons-nous d’hommes dans la Ville Rouge ?

— Cinquante mille de tes meilleurs soldats, ô Gloire Ineffable ! dit le Chef principal de l’Armée Tartare.

— Et vingt mille hommes sans armes, habitants ou serviteurs, dit le Grand Maître des Cérémonies.

— Avons-nous beaucoup de munitions de guerre ? demanda le Fils du Ciel en se tournant vers le mandarin chargé de l’inspection des arsenaux.

— Splendeur incomparable ! répondit le mandarin, chaque homme pourra lancer dix mille flèches, tirer six mille coups de feu, allumer quinze cents fusées, et chaque dragon de bronze crachera deux cents boulets.

— Pour combien de temps avons-nous des vivres ?

— Sérénité immuable ! répondit l’ancien gouverneur du Chen-Si, devenu Chef de la Table Impériale, tous les gens de la ville pourront satisfaire leur appétit pendant un mois.