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LE DRAGON IMPÉRIAL

lunes, pendant mon séjour dans la ville de Tong-Tchou, qui est certainement une ville remarquable par la beauté de sa pagode, de ses remparts, de sa tour à sept étages, et par la laideur de ses bonzes, il y a quelques lunes, donc, je fis la connaissance d’une très jeune veuve, que je n’hésiterais pas à proclamer la plus jolie des femmes si je ne connaissais Yo-Men-Li, ta servante, et si le gouverneur du Chen-Si n’avait pas une fille destinée à devenir l’épouse du lettré Ko-Li-Tsin dès qu’il aura trouvé une pensée philosophique propre à être mise en vers de sept caractères.

— Abrège, dit Ta-Kiang.

— C’est ce que je fais. J’eus le bonheur de rendre à l’époux de cet aimable personne un signalé service d’ami, en consolant sa femme inconsolable de la perte qu’elle avait faite. Je la consolai, dis-je, en d’aimables entretiens égayés par les improvisations réjouissantes que m’inspire communément mon naturel enjoué.

Ta-Kiang fit un geste d’impatience, mais le poète n’y prit point garde.

— Un, deux, trois, quatre, dit-il en comptant sur ses doigts.


Un matin une jeune pivoine crut qu’il fallait mourir parce que la lune s’était éteinte ;

Mais le soleil joyeux vint rire au-dessus d’elle, et la jeune pivoine, oublieuse de la lune, s’épanouit avec tendresse.