Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/293

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— Puisque Gou-So-Gol part, ses guerriers restent sans chef. J’ai déjà combattu à côté de mon époux vainqueur, c’est moi qui commanderai ses guerriers.

Des cris d’approbation s’élevèrent de toutes parts, et le Grand Bonze dit :

— La famille de Gou-So-Gol étant désormais sacrée, on ne doit rien lui refuser.

Cependant Gou-So-Gol arracha de sa robe le plastron où était brodée en or une face de lion et le donna à sa jeune épouse ; puis, s’agenouillant de nouveau sur l’autel de marbre, il écarta ses habits et découvrit sa poitrine palpitante. Le couteau du Grand Bonze scintilla un instant, s’enfonça dans le cœur du guerrier, et en ressortit terne et rouge. Le gong frémit longuement. Un jet de sang clair et bouillonnant s’élança du cœur de Gou-So-Gol et tomba avec un bruit fier dans le grand bassin placé au pied de l’autel. Les principaux guerriers s’avancèrent, tenant à la main chacun une coupe de jade ; mais la jeune veuve du glorieux mort tendit la première une coupe, à la fontaine écarlate et but le sang intrépide et chaud, afin de conquérir le courage et la force. Les chefs burent après elle, puis l’armée défila en bon ordre devant le bassin d’or, et chaque homme trempa la pointe de son glaive dans le sang précieux de Gou-So-Gol.

— L’attaque ! l’attaque ! crièrent alors les soldats exaltés.

Ta-Kiang approcha de la fusée une mèche enflammée.