Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/310

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tu seras mort mes poumons se dilateront délicieusement.

Ta-Kiang, hautain, répondit :

— Je te laisserai vivre, mutilé, afin que tu puisses voir l’humiliation de ta race.

Et les quatre glaives se froissèrent avec un bruit sifflant et soyeux. Ta-Kiang, calme, souriait dédaigneusement, et ses poignets étaient inflexibles comme du bronze. Le prince, au contraire, trépignait furieusement. Il dégagea ses sabres, et, revenant brusquement, en dirigea les pointes vers la poitrine de son ennemi ; mais celui-ci, d’un coup sec, les abaissa. Le fils de Kang-Shi poussa un gémissement de rage et se précipita de nouveau sur son adversaire, si violemment qu’un des glaives du rebelle fut brisé. Ta-Kiang en jeta le tronçon à terre, et, saisissant le poignet de Ling, l’étreignit dans sa main puissante. Les doigts fins et pâles du jeune prince laissèrent tomber un sabre, tandis que, plein de colère, tout son corps frémissait. Les deux glaives encore entiers se heurtèrent haineusement, et l’héritier du Ciel fut blessé à l’épaule au moment où il atteignait son ennemi en pleine poitrine ; mais son fer avait rencontré une écaille du lourd Dragon d’or brodé sur la robe impériale ; il ploya et se rompit. Le prince, désarmé, poussa un cri de désespoir, et fit un bond en arrière ; mais l’empereur se précipita sur lui et dans une caresse meurtrière l’enlaça de ses bras durs. Alors s’engagea une lutte acharnée, corps à corps, pleine de tumulte, de piétinements et de morsures. Le prince, plus faible que