Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/317

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— Ko-Li-Tsin ! s’écria-t-elle, pâlissante et renversant sa tête en arrière.

Le poète poussa un gémissement douloureux, car il vit que Yu-Tchin avait le corps traversé d’une flèche.

— Malheureuse ! quel est le misérable qui t’a frappée ?

— Je suis arrivée dans tes bras en même temps que la flèche, murmura Yu-Tchin en s’efforçant de sourire. J’ai vu un homme sur un toit ; il bandait son arc et te visait ; j’ai couru alors plus rapide que son trait.

— C’est pour me sauver que tu as reçu cette funeste blessure ? Oh ! Yu-Tchin, la douleur écrase mon cœur ; c’est pour moi que tu vas mourir !

— Eh bien ! dit Yu-Tchin d’une voix éteinte, n’est-ce pas mon devoir ? L’épouse ne doit-elle pas donner sa vie pour son époux ?

— Merveilleuse créature ! s’écria Ko-Li-Tsin en la couchant doucement sur ses genoux, pardonne-moi de ne pas t’avoir assez adorée, de n’avoir pas consacré tous mes instants à te faire heureuse et joyeuse.

— Pardon ? dit Yu-Tchin les yeux demi-clos et souriant encore ; qu’ai-je à te pardonner, maître glorieux ? Ton cœur ne devait pas se pencher jusqu’à moi, et tu ne pouvais pas m’aimer comme je t’aimais !

— Maintenant, murmura Ko-Li-Tsin, je t’aime.

— Oh ! dit-elle. Et son pâle visage refléta une joie immense.