Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/40

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marchande, l’aspect généralement sordide de la Cité Chinoise. Ses maisons pavoisées, aux toits luisants de vernis, ouvrent d’éclatantes boutiques sur des rues spacieuses qui roulent continuellement une foule élégante. Dans l’Avenue de l’Est, qui resplendit inondée de soleil, mille banderoles voltigent et s’entremêlent au-dessus des maisons basses, mais gracieuses ; de vifs scintillements s’allument sur les caractères d’or, d’argent et de vermillon qui surchargent les enseignes verticales ; des lanternes sont accrochées aux angles des toits, faites de soie, de papier, de verre, de mousseline ou de corne transparente, rondes, hexagoniques, ou carrées, peintes, bariolées, dorées, couvertes de caractères, ornées de glands et de franges soyeuses, elles se balancent avec un petit susurrement doux dès qu’un souffle très léger les frôle. De loin en loin une porte triomphale, érigée en souvenir de quelque gloire ancienne, franchit la largeur de l’avenue ; ses quatre piliers de pierre ou de bois, sculptés et dorés, ou peints de couleurs vives, forment trois baies et portent haut les toitures en tuiles de couleurs qui les surmontent, celles du centre dominant les deux autres. Sous ces portiques, la houle des passants se resserre un moment et, au delà, déborde en groupes tumultueux. De jeunes désœuvrés, vêtus de soie, une pierre précieuse brillant sur leur calotte, au-dessus du front, passent sur de belles mules dont le harnachement est orné de plaques d’argent niélé, ou, à pied, cachant leurs pâles visages derrière des éventails fleuris, ils circulent nonchalamment dans