Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/46

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


aux cornes d’argent, et qu’étourdissent de leur croassement, quand vient le soir, des milliers de corbeaux. De loin en loin des bosquets parfumés se voûtent, et l’on peut, avant de terminer la douce ascension, se reposer sur des sièges de porcelaine, sous une pluie de camélias et de jasmins, au milieu des chants bizarres de mille oisillons couleur de pierreries. Mais le promeneur privilégié ne s’arrête que peu de moments, tant il a hâte d’atteindre le faite du mamelon ; car de là le regard ébloui embrasse Pei-King dans sa totalité magnifique.

Énorme, et faisant songer à un coffre de laque, unique en apparence, mais quadruple en effet, Pei-King enferme quatre villes dans son rempart extérieur. Au centre, derrière des murailles en briques sanglantes, se cache la Cité Rouge ; c’est le Cœur du Monde, l’Enceinte Sacrée, la glorieuse demeure du Fils du Ciel. De toutes parts la Cité Jaune l’enveloppe. Puis se déroule la Cité Tartare, qu’un grand mur fortifié sépare de la Cité Chinoise, compartiment extrême de l’immense coffre.

Au pied de la Montagne de Charbon la Ville Rouge est cernée d’un large canal ; et l’eau limpide qui reflète la rigidité des murailles semble prolonger jusqu’au cœur de la terre le voile impénétrable posé entre l’impériale splendeur et l’admiration vulgaire. Mais du haut de l’éminence on découvre les toits dorés des édifices et des pavillons du palais, et l’on peut suivre sur le terre-plein des remparts, si large que vingt cavaliers peuvent y courir de front, la lente promenade d’un soldat à la veste