Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/54

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d’ambition et Yo-Men-Li d’extase ; mais ces régimes sont peu substantiels.

— Toi qui as habité Pei-King, ne pourrais-tu pas nous conduire dans quelque auberge ? demanda Yo-Men-Li.

— Et où donc penses-tu que je vous conduise ? s’écria le poète, stupéfait qu’on pût lui attribuer d’autre dessein que d’obtenir un bon gîte après un bon repas. Quand nous aurons franchi la Porte de l’Aurore, qui de la Cité Chinoise donne entrée dans la Cité Tartare, tu ne tarderas pas à voir briller les grandes lanternes, dont se décore l’auberge de Toutes les Vertus, où Kong-Pang-Tcha, qui achète cher, vend à bon marché.

Ko-Li-Tsin se tut un instant : puis les yeux à demi fermés, et caressant par moments de la langue les deux ou trois poils noirs de sa lèvre supérieure :

— Combien de fois, reprit-il en se parlant à lui-même, combien de fois, sous l’auvent de la galerie extérieure, Kong-Pang-Tcha m’a versé, dans de petites tasses enveloppées de paille de riz, le thé des premières pousses ou le Pi-Kao à pointes blanches ou la Rosée d’automne de la dernière récolte ! Je connais le portail et la première cour toujours pleine d’une odeur charmante de fricassées et de rôtis, qui souhaite la bienvenue à l’appétit des arrivants ; je sais en quel coin de cette cour s’ouvre la citerne où des domestiques viennent incessamment puiser de l’eau dans de grands seaux d’osier, et je me rappelle les auges de bois, accrochées au mur, que chaque voyageur remplit d’avoine et de paille hachée pour