Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/74

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— Ho ! ho ! se dit-il.

Et il resta quelques instants immobile.

— Cependant je voudrais bien connaître le visage de l’aimable seigneur qui me loge cette nuit ; car je ne pourrai me dispenser de lui rendre, un jour ou l’autre, sa politesse.

Ko-Li-Tsin s’approcha de la fenêtre et, comme elle était trop haute pour qu’il y pût atteindre, il monta sur un siège de porcelaine qui se trouvait là, puis, délicatement, après avoir plusieurs fois mouillé le papier avec son doigt trempé de salive, du bout de son ongle le plus aigu, il y fit un petit trou et regarda.

Il avait devant son œil curieux une chambre élégamment ornée, qu’éclairaient deux grandes lampes posant leurs pieds de bronze sur un léger tapis en fils de bambou, et entre elles reluisait une table en laque rouge, étroite et semblable à un rouleau de papier à demi déroulé ; mais Ko-Li-Tsin ne vit qu’une jeune fille assise devant la table et trempant par instants un pinceau dans l’encre qu’une servante, debout à côté d’elle, délayait sur une pierre à broyer.

— Que le Pou-Sah du mariage m’entende ! s’écria le poète. Je ne rêve pas celle que je dois conquérir plus belle que cette jeune fille aux longs cheveux. En la voyant, de gracieuses comparaisons se balancent dans mon esprit. Ah ! poursuivit-il en pliant un à un ses doigts rythmiques,