Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/83

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CHAPITRE VI


LE POISSON JAUNE


Garde-toi de dire d’un homme qui passe avec un poisson sur le dos : Voilà un pêcheur ;

Car souvent une jeune fille cache en un sein délicat le cœur furibond d’un guerrier.


Le lendemain, avant qu’il fit grand jour, un homme, à travers les rues désertes de la Cité Tartare, se dirigeait vers l’élégante Ville Jaune. Il portait sur ses épaules un énorme poisson couleur d’or qui le forçait à marcher péniblement courbé. Arrivé devant la Porte Septentrionale, il dut s’arrêter et attendre l’ouverture de la ville.

Le soleil monta tout à coup et fit étinceler les toits vernis des maisons ; les enseignes, les banderoles frissonnèrent multicolores, et les rues se laissèrent voir clairement dans toute leur longueur, pendant que les cigognes neigeuses secouaient leurs ailes au