Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/86

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— Eh bien ! j’annonce le roi des poissons, répondit l’homme sans se déconcerter, ne voyez-vous pas que j’ai pêché un Poisson Jaune, le plus magnifique qu’on puisse imaginer ? Il est de l’espèce de ceux qu’il est interdit à tout homme de manger, et qui sont réservés à la bouche vénérable du Fils du Ciel ; je viens l’offrir à votre noble maître le noble Kouang-Tchou, surintendant du palais, pour le repas de l’empereur.

— Ce serait en effet un plat très somptueux. Reste là. Nous appellerons les cuisiniers.

Le pêcheur déposa lentement son fardeau à ses pieds et ôta sa calotte pour s’essuyer le front avec sa manche ; puis il promena ses yeux sur les beaux bâtiments qui entouraient la cour et sur la gracieuse galerie aux treillis dorés qui circulait, peinte et fleurie, devant les appartements du premier étage.

Les cuisiniers arrivèrent, ayant leurs nattes roulées autour de la tête, vêtus de robes de coton bleu que recouvraient des tabliers carrés de même étoffe. L’un d’eux, qui ne portait pas de tablier, s’avança, les bras croisés.

— Il y a huit jours que tu as péché ce poisson, dit-il d’un air dédaigneux.

— Il vit encore, dit le marchand en poussant la bête du pied.

Le poisson bâilla et se tordit faiblement.

— Soit, reprit le cuisinier ; mais il aura peut-être un goût prononcé de vase.

Le pêcheur se mit à rire.

— Tu sais bien que le ouan-yu se tient toujours