Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/93

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Eunuques, et ce qu’il t’ordonnera, fais-le. » J’ai suivi le mandarin. Je ne sais pas encore ce qu’il me faudra faire, mais ce qui sera ordonné sera accompli. Toi, cependant, va vers l’empereur, qu’il sache que Yo-Men-Li lui dit : « Je sais que je dois peut-être mourir pour toi, mais je t’aime, et en mourant, je glorifierai ton nom sacré. »

— Je lui rapporterai tes paroles, dit Ko-Li-Tsin, qui, ayant fini de manger, s’était levé. Mais pourquoi ton cœur est-il plein de funèbres pensées ?

— Je ne sais, dit Yo-Men-Li. Prends les seize liangs d’or, et hâte-toi de rejoindre le maître.

Le poète quitta la salle du repas inférieur et traversa la cour. Yo-Men-Li le suivit jusqu’à la grande porte.

— Frère, dit-elle, souviens-toi du nom de ta sœur.

Ko-Li-Tsin la considéra d’un œil attendri.

— Sœur fidèle, à bientôt, dit-il.

Et pendant qu’il s’éloignait il put entendre la voix impérieuse du Chef des Eunuques appeler Yo-Men-Li du haut de la galerie et lui dire :

— Que mon cortège soit prêt à me suivre avant la quatrième heure ; et toi, va revêtir des habits somptueux, car tu m’accompagneras dans la Ville Rouge.

Mais Ko-Li-Tsin n’entendit pas le mandarin ajouter d’une voix plus sourde :

— Monte d’abord vers la salle supérieure où sont entassées mes armes précieuses, et choisis, parmi toutes, un sabre bien effilé dont la longueur égale celle du Poisson Jaune.