Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/94

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CHAPITRE VII


LA VILLE ROUGE


Un homme s’endormit, et, dans un rêve, il vit la Ville Rouge.

« Par tous les Sages ! dit-il, qu’est-ce que cette pivoine plus rayonnante que le soleil ? »

Et l’homme s’éveilla, et il ne vit ni sa maison ni sa femme, et maintenant c’est lui qu’on nomme

L’aveugle aux yeux rouges.


L’immense mur quadrangulaire, rose, aux créneaux gris, qui dérobe la Clarté Impériale à l’admiration populaire, s’élève à trente coudées du sol ; l’eau limpide d’un fossé le reflète et le prolonge jusqu’au cœur de la terre. On voit étinceler des piques à son faîte, et, à ses pieds, près des portes closes, rôder des sentinelles graves. La strangulation serait leur partage si quelque audacieux pénétrait par fraude dans l’Enceinte Sacrée. Donc les murailles sont formidables et les gardes sont féroces.