Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/95

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Au delà, du rempart, en trois demeures qui sont la Force, la Splendeur, la Sérénité, séjournent impérissablement les Pieds, le Foie et le Front du Ciel. Que les hommes sont heureux, qui contemplent la Triple Unité ! Mais les quatre portes de la Ville Rouge s’ouvrent à peu de mortels. Celle de l’Est consent à laisser passer les pieux Tao-Ssés les Lamas du Thibet et de la Mongolie, les philosophes honorables ; par celle de l’Ouest, étroite et peu magnifique, vont et viennent des serviteurs ; l’ouverture du Nord, porche immense, livre passage à des armées ; l’ouverture du Sud, qui est le portail principal, se compose de trois voûtes surmontées chacune d’une tour à quatre étages ; à droite passent les parents de l’empereur ; à gauche, les grands fonctionnaires de l’empire ; la voûte centrale, plus élevée que ses voisines, s’ouvre au seul Fils du Ciel qui sort au bruit d’une cloche d’argent et rentre au bruit d’un gong d’or.

Ce triple portail s’achève en un double escalier de marbre rose qui a la forme d’un croissant nouveau et descend vers la première place, au sol de brique, de la mystérieuse Ville Rouge. Cette place est si vaste qu’un corps d’armée peut à l’aise s’y exercer au combat. À gauche et à droite elle projette une avenue magnifiquement large, qui suit les faces intérieures du rempart. C’est le Boulevard de la Force où habite l’armée d’élite qui a la gloire de protéger le Ciel : une montée, douce assez pour que des canons puissent la gravir, gagne le terre-plein des murailles ; et parallèlement aux fortifications, de l’autre côté