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Tokio

rares villages de pêcheurs étaient disséminés à travers la plaine inculte. Ce fut l’ancien ministre de Taïko, Hiéyas, qui, sur le conseil de son maître, éleva sur cet emplacement abandonné une ville dont il fit sa capitale, après avoir usurpé le pouvoir royal. Sa dynastie ne fut détrônée que par le Mikado lui-même, lorsqu’en cette année mémorable de 1868, il voulut bien sortir de l’extase où les Fils du Ciel étaient plongés depuis des siècles.

Cet empereur glorieux, qui prit en ses mains viriles le sceptre si longtemps au pouvoir des Shogouns, se nomme Mitsou-Hito, l’Homme conciliant, et c’est lui qui appela sa résidence Tokio.

C’est une grande ville, située au fond d’une baie charmante, et qui, sans aucune fortification, s’étale sur une plaine ondulée de collines. Les petites maisons entourées de jardinets en prennent à leur aise. Point d’alignement au cordeau pour former des rues droites et ennuyeuses. Un charmant caprice semble avoir présidé à la solution de ce grand problème : abriter dans une même cité plus d’un million d’habitants. Des rizières, arrosées de canaux et de rivières enjambées par des ponts nombreux, des châteaux princiers émergeant de vastes parcs, les forêts sacrées qui entourent les temples, donnent à l’habitant de la ville l’illusion de la campagne. Et, dominant fièrement le tout, l’enceinte fortifiée de l’immense palais impérial dresse ses bastions infranchissables.

Un chemin de fer relie Tokio à Yokohama, marquant ce sol aux paysages radieux de l’empreinte