Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/100

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— Jamais aucun chef n’a consenti à ce tribut, toujours arraché par la force, dit Abou Abd-Allah. Le prédécesseur de notre prince actuel, abattu par l’âge, négligeait de punir le crime ; mais Raschid ed-Din ne le souffrira pas, et il serait déjà châtié si, aimant par-dessus tout la justice, notre Seigneur n’avait retenu le châtiment, voulant savoir si la tête a commandé au bras, si le roi Amaury ordonne cette félonie ou bien s’il l’ignore. Je la lui dénonce, et c’est à lui de la faire cesser. C’est ce que je réclame au nom de mon maître.

Amaury avait le visage empourpré et les yeux brûlants de colère. Il répondit vivement, en s’efforçant d’être calme :

— La félonie qui vient de m’ètre révélée m’offense moi-même autant qu’elle offense le seigneur Raschid ed-Din, car elle a lieu au mépris de mon autorité royale, trop souvent dédaignée par des sujets mutins et orgueilleux jusqu’à la démence…

Les frères du Temple sourdement murmuraient. Mais le roi, se levant de son trône, haussa la voix.

— Je jure que cet abus cessera, quand bien même il me faudrait, pour apaiser la rapacité des templiers, leur payer les deux mille ducats, de mon propre domaine. Je remercie Raschid ed--