Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/105

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


n’envions pas les oiseaux. » Et voilà que les fleurs sont des oiseaux aujourd’hui…

— Des oiseaux en cage, Nahâr.

— C’est quelque chose déjà que de changer de cage. Ouvrir les yeux sur des aspects nouveaux ! Ne pas savoir ce qui va vous arriver ! Avoir peur même !…

— C’est toi qui parles ainsi ? toi, si peureuse ? Ton affection pour moi te donne un étrange courage ! Tu veux me soutenir et me consoler quand l’angoisse serre ton cœur comme le mien. Eh bien, par reconnaissance pour ton héroïsme, je vais tâcher d’être moins faible, plus fière devant le malheur.

— N’ai-je pas bien réussi ? s’écria Nahâr en frappant ses petites mains brunes l’une contre l’autre. Ne suis-je pas bien récompensée de mes efforts pour être brave ?

— Nous sommes à Dieu et nous retournons à lui ! dit Gazileh avec un profond soupir. Soyons résignées, comme notre religion ordonne de l’être.

— Écoute, dit Nahâr, en baissant la voix. Nos muletiers causent entre eux. J’ai cru leur entendre prononcer le nom de Raschid ed-Din.