Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/108

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du Dieu très bon, recevra sans doute une nouvelle rosée.

— Déplorons nos propres peines, Gazileh, je t’en conjure : elles sont assez lourdes pour nos faibles cœurs, sans que nous nous chargions encore des peines de toute l’humanité.

Gazileh eut un sourire et détacha son voile pour respirer mieux, laissant un instant rayonner sa merveilleuse beauté dans la solitude de cette grève. Puis, ses regards, lourds de tristesse, suivirent distraitement, sur les flots, de plus en plus lumineux, les voiles doubles, couleur de neige, hautes et aiguës, qu’une brise faible gonflait doucement. Elle s’intéressa, malgré elle, au vol si gracieux de ces barques de pêcheurs, qui semblaient seulement effleurer l’eau bleue.

— Certes, elles sont bien nommées kirlanguitch, avec leurs longues ailes minces, ces barques. Elles ressemblent tout à fait à des hirondelles, des hirondelles qui seraient blanches.

— Ah ! vois donc, s’écria Nahâr, qui se penchait pour mieux regarder : des étincelles ! de l’argent fluide !… Les pêcheurs tirent leurs filets de l’eau !

Bientôt, une ville apparut, dans une courbe