Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/109

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du rivage, un port, des navires à hautes coques peintes, des fumées qui montaient. C’était Markab, une grosse bourgade, sur la frontière de la principauté d’Antioche et du comté de Tripoli.

Les Arabes de l’escorte se rapprochèrent, éperonnant leurs chevaux frêles, aux longues crinières envolées. Gazileh, vivement, referma son voile. On donnait des ordres aux muletiers, concernant la route à suivre. Un ruisseau torrentueux bondissait, coupant la plage, dont il creusait le sable. Tournant le dos à la mer, la petite, caravane suivit le bord du ruisseau, le remontant, et s’engagea dans la gorge étroite, resserrée entre deux rochers gigantesques, où le torrent courait en cascades folles.

Ce chemin était ardu et vertigineux ; les hautes parois de grès sombre semblaient monter jusqu’au ciel, et un demi-jour de souterrain régnait au fond du ravin.

Une tristesse plus lourde s’abattit sur le cœur des deux femmes, qui se penchèrent pour voir encore une fois la mer et le ciel libre. Elles ne parlaient plus, assourdies par le tumulte effrayant de l’eau rebondissante, qui, même, empêchait de penser.