Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/112

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’asperges, des plantations de canne à sucre côtoyaient les larges bandes où poussait le henneh, et des parterres de roses, de narcisses et de giroflées s’étalaient, promettant une riche moisson de parfums.

Gazileh fit le tour du bois de sycomores pour regarder à l’autre versant du mamelon. Mais alors elle eut un sursaut de saisissement en voyant se dresser devant elle, au sommet d’un rocher à pic qui semblait inaccessible, un formidable château.

— C’est Maçiâf, s’écria-t-elle en s’appuyant presque défaillante, à l’épaule de Nahâr.

— Le château de Raschid ed-Din ! notre prison, dit la jeune fille. Hélas ! il est aussi terrible que superbe.

On eût dit qu’il était taillé dans la montagne même, que ce rocher vertigineux en faisait partie, que ses tours, ses créneaux, ses dômes, ses arcades avaient été découpés ainsi par la main géante d’un enchanteur. Il était si haut que les oiseaux à peine y pouvaient atteindre et que les orages éclataient à ses pieds.

Aux deux jeunes femmes, qui le regardaient, fascinées d’horreur et d’admiration, il semblait tout proche ; cependant elles en étaient séparées