Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/131

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


offrait son amitié et ordonnait aux siens d’embrasser notre foi, est-il devenu tout à coup notre ennemi ? Il y a dans ceci quelque chose d’incompréhensible…

— Allez-vous attendre d’avoir compris pour attaquer le château ?… s’écria Milon de Plancy en interrompant le roi. Égorgeons ce traître et pillons son repaire : on dit qu’il y a là d’immenses richesses.

— Il vaut mieux trop méditer avant d’agir que de se repentir plus tard d’avoir agi sans réflexion. Ton avis, Guillaume ?

— Si je puis parler franc, sire, dit le chancelier, je dirai qu’il faut, dans le cas pRésent, patience et prudence, car la colère du prince des Assassins peut amener la ruine irréparable du royaume de Jérusalem.

— Voilà bien un discours de prêtre ! s’écria Milon d’une voix furieuse. Essuyons patiemment le crachat sur notre face, n’est-ce pas ? Tendons l’autre joue si on nous soufflette !… Sommes-nous fous ?… L’ennemi est en fuite, et c’est nous qui tremblons.

Guillaume, sans cesser d’être calme, reprit, parlant au roi :