Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/132

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— Vous pensez comme moi, sire, que, le royaume du Christ étant fondé, tous nos efforts doivont tendre à le conserver en recherchant la paix, car, aujourd’hui, une alliance vaut mieux pour nous que plusieurs victoires.

Mais le sénéchal ne le laissa pas finir.

— C’est une honte d’entendre de pareilles choses ! cria-t-il. Des alliances avec les mécréants ! N’êtes-vous plus chrétiens ? Ah ! ces païens ! Ils vous ensorcèlent ; tout en eux vous attire ; vous prenez leurs atours, leurs armes, leur mollesse ; au lieu de horions, vous échangez avec eux des présents, et même on voit cette chose incroyable : des fraternités d’armes entre des soldats du Christ et des sectaires de Mahomet.

Et, comme il y eut des murmures, il reprit :

— Il ne faudrait pas chercher bien loin… Personne ne niera qu’Homphroy du Toron, l’ancien, n’ait eu pour frère d’armes un émir de Nour ed-Din, et le comte de Tripoli…

Homphroy s’élança, tout pâle.

— Je ne permets à personne de toucher à la mémoire de mon grand-père, dit-il.

Raymond de Tripoli se contentait de ricaner en tiraillant sa barbe.