Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/135

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


La tente du roi était dressée au milieu du camp. On tripla les gardes autour d’elle, et, même, plusieurs chevaliers veillèrent à l’intérieur. Sans relâche, on fit des rondes, et, de temps à autre, les sentinelles s’appelaient pour marquer leur vigilance.

Homphroy était resté auprès de Hugues. Il avait fait dresser un lit à côté du sien, et, comme le blessé, tourmenté de fièvre, ne pouvait dormir, ils causaient tous deux à demi-voix. Hugues contait l’apparition de Gazileh au moment où il croyait mourir et le bonheur céleste qu’il avait eu de la revoir. Homphroy lui parlait de Sybille, de ce voyage fait en sa compagnie. Elle le traitait comme un esclave et l’assurait de sa haine ; pourtant, il continuait à porter la manche d’azur et ne se rebutait de rien. La jalousie ôtée de son cœur, il n’y avait plus que de l’amour, et il espérait vaincre à force de constance.

Pendant la route, il avait eu le bonheur de faire revenir un tiercelet à la princesse auquel elle tenait beaucoup et qui s’était échappé. Elle l’avait payé d’un « merci » bien sec, mais n’avait pu cacher le plaisir qu’elle avait à revoir son oiseau favori. Et il semblait à Homphroy qu’à cause de cela elle le haïrait moins.