Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/150

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Et il rêvait de folles escalades, ne se lassait pas de guetter.

Parfois, le comte de Tripoli, croyant le distraire, venait lui tenir compagnie. Il lui contait, longuement, l’histoire de cette captivité de huit années, pendant lesquelles il avait vécu dans l’intimité des Sarrasins, où était née la sincère amitié qui le liait à Saladin.

— Il m’a juré même, disait-il, de me prêter main-forte si j’en ai jamais besoin pour une querelle personnelle.

Hugues, qui suivait sa rêverie, l’écoutait à peine, et il souriait de temps en temps, par courtoisie.

Un jour, le soleil trop brûlant les chassa du bord de la rivière, et ils gagnèrent un bouquet d’oliviers pour s’asseoir à l’ombre. Au moment d’y arriver, Raymond de Tripoli trébucha sur quelque chose.

— Au diable, s’écria-t-il, j’ai failli choir ! Qu’avons-nous là ?

Et, de derrière un buisson, il tira, par les pieds, un corps inerte.

— Tiens ! continua-t-il, quelle surprise ! Voyez donc : c’est votre écuyer.