Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/155

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— Où cela ?

— Dans le camp chrétien, établi ici depuis quelques heures à peine.

— Et ces hommes t’ont fait boire ?

— M’ont-ils fait boire ?… dit Urbain, cherchant à se souvenir. Oui, oui, l’un d’eux a versé de sa gourde dans mon gobelet.

— Vous voyez, soigneur Hugues, c’est bien cela. Il est tombé dans un sommeil léthargique, pendant lequel les Assassins l’ont enlevé, et il s’est réveillé… au ciel ! On vient de le rapporter sur terre par le même procédé.

— Est-ce possible ?… disait Urbain consterné.

— Dans quel but ce magicien enlève-t-il ainsi les nôtres, demanda Hugues, pour les rendre bientôt sains et saufs ?

— Ah ! que sais-je ? répondit Raymond. Il les enivre par des délectations diaboliques, qui troublent leur raison et ébranlent leur foi. Puis le malheureux qui a goûté de ces choses émerveille ses compagnons par le récit qu’il en fait et, volontiers, il se rendrait esclave du magicien, pour retrouver les délices perdues. Regardez votre écuyer : il a l’air fort navré d’être en notre compagnie.