Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/160

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Le coude sur un coussin, les doigts dans les cheveux, il semblait statue par son immobilité ; mais la contraction de ses grands sourcils, l’éclat fixe de son regard et le léger frémissement de ses lèvres, dénonçaient, sous cette inaction, l’activité d’ardentes pensées.

Se revoyait-il, tout jeune encore, tourmenté d’ambition et riche seulement de son génie, quittant secrètement la Chaldée, où il était né, pour se rendre à pied, en pèlerin avide d’initiation, à l’illustre et redoutable château d’Alamout, en Perse, où résidait le Grand Maître des Ismaïliens ? Se souvenait-il de cette matinée, qui était l’aube de sa fortune, où le Grand Maître, devinant dans l’enfant inconnu une créature d’élection, l’avait accueilli si paternellement, déclarant qu’il le ferait élever avec ses fils et initier à tous les mystères de la secte ?

Le temps venu, on avait tenu la promesse.

Il avait appris, alors, que bien au-dessus du dieu révélé par le Qorân au vulgaire, inaccessible à la conception humaine, le vrai Dieu est. Il a créé l’univers, non pas immédiatement, mais par le ministère d’un être sublime, né de sa volonté : la Raison Universelle. À son tour, la Raison mani-