Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/164

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environs du château, où résidait le vieux chef des Ismaïliens de la contrée.

Durant sept années, le nouveau venu laissa tout ignorer de lui. Il vivait d’aumônes, comme le plus pauvre des derviches, ne se montrait que vêtu de grossiers habits de poil, et cependant il inspirait le respect, l’admiration, plus encore : la reconnaissance ; car le médecin d’Irâk, comme on l’appelait, guérissait tous les maux, même ceux de l’âme. Aussi, bien avant qu’il eût révélé sa dignité, on le tenait pour un être surnaturel, ayant des relations avec le monde invisible.

Un jour il entra dans la chambre du Grand Maître et lui annonça sa fin prochaine ; puis il déploya devant lui le diplôme d’investiture qui le nommait son successeur. Le vieux chef s’éteignit en effet, et Raschid fut Grand Maître après lui. Mais Hassan ben Mohammed était mort aussi, à Àlamout, et il léguait au compagnon de son enfance le plus magnifique des héritages : la Divinité.

Et, en effet, pour plus de soixante mille croyants, Raschid ed-Din était une incarnation de la Véritable Existence, de l’Essence des Essences, et son âme ne contenait aucune parcelle de néant.

Cependant, tandis qu’il rêvait, immobile, au--